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Anatomie d'une collision avec un bateau
Secteur des sciences
Par Tiare « TJ » Fridrich, biologiste des lamantins
Les collisions avec des bateaux constituent la principale cause de mortalité d'origine humaine chez les lamantins en Floride, avec 171 000 décès de lamantins attribués à ces collisions en 2024. Les lamantins sont particulièrement vulnérables à ce type de collision en raison de leur anatomie et de leur cycle de vie. Ils ont évolué pour parcourir de longues distances afin de trouver de la nourriture et de l'eau douce, une activité très énergivore. Pour optimiser leur dépense énergétique, les lamantins se déplacent lentement, en ondulant leur queue en forme de pagaie pour se propulser. Bien qu'ils puissent atteindre des vitesses de 29 km/h sur de courtes distances, les lamantins se déplacent généralement à une vitesse de croisière de 5 à 8 km/h.
Les lamantins se déplacent lentement en raison de leur grande taille ; les adultes pèsent en moyenne entre 360 et 540 kg. Leur taille imposante s’explique notamment par leur régime alimentaire herbivore aquatique, composé principalement de plantes aquatiques. Bien que ces plantes soient abondantes, elles sont pauvres en nutriments ; les lamantins compensent donc ce manque en passant de nombreuses heures par jour à se nourrir. Ils consomment quotidiennement l’équivalent de 101 tonnes de leur poids corporel en plantes et consacrent entre 6 et 8 heures par jour à s’alimenter. Leur système digestif, volumineux et complexe, occupe une grande partie de leur cavité abdominale interne et permet une absorption optimale des nutriments. Le transit intestinal complet peut prendre jusqu’à une semaine.

Les plantes aquatiques dont se nourrissent les lamantins poussent le long des berges des rivières, des estuaires et des sources, ou dans les eaux peu profondes où la lumière pénètre. Comme les lamantins passent une grande partie de leur journée à se nourrir en eau peu profonde, ils sont particulièrement vulnérables aux collisions avec les bateaux. Si un lamantin se nourrit dans les eaux peu profondes et ne peut se déplacer vers des eaux plus profondes, il risque de ne pas pouvoir éviter un bateau qui approche. De plus, un lamantin ne peut pas tourner la tête pour regarder autour de lui. Il ne possède que six vertèbres cervicales, contrairement à la plupart des autres mammifères qui en ont sept, et il doit tourner tout son corps pour regarder derrière lui. Pour explorer leur environnement, les lamantins utilisent leurs 3 000 poils sensoriels, appelés vibrisses, pour détecter les mouvements de l'eau et les objets environnants. Le milieu marin est également bruyant, et il peut être difficile de déterminer la provenance d'un son. Les sons rebondissent sur les surfaces dures sous l'eau, et le bruit d'un moteur de bateau ne parvient pas toujours directement aux oreilles d'un lamantin.
Lorsqu'un lamantin est heurté par un bateau, c'est souvent la coque qui cause le plus de dégâts, même si les hélices peuvent également être très dangereuses. Les poumons du lamantin sont longs, plats et situés le long de sa colonne vertébrale, s'étendant sur le haut de son dos et entourés par ses côtes. Grâce à cette position, les lamantins nagent toujours à l'horizontale. Lorsqu'ils remontent à la surface pour respirer, seul leur museau est visible, leur corps conservant cette position horizontale sous l'eau. Lorsqu'ils sont heurtés par la coque d'un bateau, même à vitesse relativement faible, leurs côtes peuvent se briser et perforer leurs poumons, provoquant de graves lésions internes. Souvent, un lamantin heurté par un bateau a du liquide ou de l'air emprisonné dans ses poumons, ce qui l'empêche de s'immerger complètement, car ses poumons sont essentiels à sa flottabilité.
La meilleure façon de protéger les lamantins des collisions avec les bateaux est de naviguer lentement. Naviguer lentement permet au pilote du bateau de mieux réagir s'il aperçoit un lamantin, et donne également au lamantin le temps de réagir, réduisant ainsi potentiellement la gravité des blessures en cas de collision. Nous pouvons aussi éviter de blesser les lamantins en restant dans les chenaux profonds et loin des herbiers marins. Lors de nos sorties en mer, il est important qu'une personne se place à l'avant du bateau pour observer la faune marine, et pas seulement les lamantins, et que nous portions des lunettes de soleil polarisées pour réduire l'éblouissement. Protégeons nos lamantins des collisions avec les bateaux en nous rappelant que nous partageons nos voies navigables !