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Une espèce envahissante importune les lamantins de Floride
Secteur des sciences
Par Cora Berchem, directrice du multimédia et associée de recherche sur les lamantins
Le pléco (Pterygoplichthys disjunctivus), un poisson-chat cuirassé, est souvent présent dans les aquariums domestiques, où il contribue à nettoyer les parois des parois des algues. On l'acquiert généralement lorsqu'il est très jeune, mais une fois devenu trop grand, on s'en débarrasse en le relâchant dans la nature. C'est ainsi qu'il a été introduit dans les rivières et les cours d'eau de Floride, où il est devenu un problème majeur. Exotique et invasif, il est originaire d'ailleurs et possède des caractéristiques qui lui permettent de coloniser très facilement son nouvel habitat. Le pléco grandit très vite, environ 10 cm par an, et vit jusqu'à cinq ans. Sa reproduction est extrêmement rapide : une femelle peut pondre jusqu'à 30 000 œufs chaque été. Les mâles creusent des terriers dans les berges des rivières ou des sources et gardent les nids, assurant ainsi l'éclosion de la quasi-totalité des œufs et leur conférant un avantage considérable sur la plupart des poissons indigènes de Floride.

Quel est l'effet de ces poissons-chats sur les lamantins ? Certains, en voyant des lamantins couverts de poissons-chats, pensent qu'ils profitent d'un “ soin spa ”, à l'instar des poissons nettoyeurs qui, sur les récifs, débarrassent d'autres espèces des cellules mortes et des parasites. D'autres croient que les poissons-chats leur font du mal. En réalité, ce n'est pas le cas, mais ils les “ agacent ” en s'accrochant à leur peau avec leur bouche douce et hérissée, provoquant une sensation de chatouillement qui les incite à se secouer. C'est un peu comparable aux moustiques : ils ne nous font pas vraiment de mal, mais ils sont gênants, surtout lorsqu'on essaie de se reposer ou de dormir. En hiver, les lamantins dépensent beaucoup d'énergie à essayer d'échapper à ces poissons persistants, alors qu'ils devraient se reposer. En hiver, il est essentiel pour les lamantins de se reposer et de conserver leur énergie dans des eaux chaudes, comme à Blue Spring Run. La perturbation causée par les poissons-chats peut rendre les lamantins plus actifs et les obliger à sortir plus souvent dans la rivière froide pour se nourrir et refaire leurs réserves d'énergie.
Que pouvons-nous faire ? S’il est impossible d’éradiquer le poisson-chat, des efforts sont déployés pour le retirer de certaines zones, sous réserve de permis spécifiques. Malheureusement, même le retrait de quelques centaines d’individus d’une zone comme le parc d’État de Blue Spring ne résout pas le problème, car des milliards d’autres vivent dans la rivière St. Johns adjacente. La biologiste spécialisée dans les poissons, Melissa Gibbs, de l’université Stetson, a même observé que les poissons-chats quittaient les lieux pendant la journée, au moment de la pêche, et y revenaient la nuit.
Il faut garder à l'esprit qu'il ne faut jamais relâcher d'espèces non indigènes dans la nature, car cela peut devenir un grave problème pour les espèces indigènes, comme les lamantins.